Sur base des premières estimations des comptes économiques de l’agriculture (CEA) transmises par les Etats membres, la Commission européenne vient de publier des données sur l’évolution du revenu agricole dans l’Union européenne en 2015 par rapport à 2014 : Pour l’ensemble de l’Union Européenne (UE28) l’indicateur de revenu agricole choisi (évolution du revenu des facteurs en valeur réelle par unité de travail) diminue de 4% par rapport à 2014 avec toutefois des évolutions très divergentes selon les Etats membres.
Le Service d’Economie Rurale (SER) établit les comptes économiques de l’agriculture du Luxembourg sur base des données provenant de la statistique agricole et du réseau d’information comptable agricole. Ils reflètent l’évolution en termes économiques du secteur agricole vu globalement et ils sont pris en compte au niveau de la comptabilité nationale en tant que comptes sectoriels de l’agriculture.
La production de la branche agricole a été élevée entre 2012 et 2014 pour reculer substantiellement en 2015. Les prix des produits agricoles ont joué un rôle déterminant dans cette évolution. Les consommations intermédiaires ont également reculé en 2015. Le revenu des facteurs, qui représente la rémunération des facteurs de production terre, travail et capital, est en recul en 2015 par rapport à 2014.
En 2015 le printemps a été froid et humide et à partir de mai une période sèche s’est installée qui occupé une grande partie de l’été. Ceci a conduit à une diminution de la production des cultures fourragères. La récolte de céréales a été dans la moyenne pluriannuelle malgré la sécheresse estivale et la qualité des céréales récoltées a été très bonne.
Un renversement de tendance s’est manifesté en 2014 pour les prix de plusieurs produits agricoles. La baisse des prix entamée en 2014 a continué en 2015 pour le lait et la viande porcine, alors que pour la viande bovine et les céréales les prix étaient stables par rapport à 2014, avec un niveau bas pour les céréales et bon pour la viande bovine. Les prix des consommations intermédiaires ont été à la baisse en 2015 par rapport à 2014 sous l’effet des prix de l’énergie et des aliments pour animaux.
La valeur de la production végétale diminue par rapport à 2014 principalement sous l’effet d’une forte baisse de la valeur des productions fourragères. La quantité de céréales récoltées est plus élevée qu’en 2014 et les prix légèrement plus bas, de sorte la valeur de la récolte augmente légèrement. Pour les oléagineux la récolte est inférieure à celle de 2014 et les prix sont stables. La récolte de plantes fourragères est très basse. La baisse du prix des céréales fourragères et des autres composantes de la ration alimentaire se répercute sur le prix des productions fourragères. La récolte de pommes de terre est plus faible en volume qu’en 2014, mais les prix se sont redressés après leur niveau bas de 2014. La récolte de raisins destinés à la vinification est en dessous de la moyenne pluriannuelle, la qualité étant prometteuse. Néanmoins la valeur de la production diminue par rapport à 2014.
La production d’animaux, autre grand poste au sein du secteur agricole luxembourgeois, est stable au cours des dernières années. Alors que les prix des bovins restent élevés, les prix des porcins continuent à baisser. Au niveau des porcins, la baisse des prix se conjugue avec une diminution du volume d’animaux produits.
Au sein des produits animaux, le lait occupe une position dominante. L’évolution négative du prix du lait amorcée au cours de la deuxième moitié de 2014 s’est poursuivie en 2015 avec un léger redressement des prix en automne. L’annonce faite au début de 2015 d’une année difficile pour les producteurs de lait s’est donc confirmée. La période de forte production laitière enregistrée vers la fin du système des quotas laitiers s’est poursuivie en 2015 malgré une situation d’approvisionnement en fourrages relativement serrée à partir de l’été 2015.
Pour la dernière campagne sous le régime des quotas laitiers (2014/2015), le prélèvement à payer par les producteurs suite au dépassement de la quantité allouée a été particulièrement élevée avec 5,3 millions €. Cette taxe a été répartie au prorata sur les comptes de 2014 et 2015, de sorte que l’effet sur les comptes de 2015 a été relativement limité. La production d’œufs reste stable en 2015 par rapport à 2014. La production animale, regroupant les productions d’animaux et de produits animaux, diminue principalement sous l’effet de la production laitière.
Les consommations intermédiaires (données très préliminaires à ce stade puisque basées principalement sur les informations relatives aux prix) diminuent par rapport à 2014 sous l’effet des évolutions de prix à la baisse pour l’énergie et les aliments pour animaux et d’une diminution du volume des aliments produits et consommés au sein de l’exploitation.
La valeur ajoutée brute aux prix de base, obtenue en déduisant les consommations intermédiaires de la production de la branche agricole, est en baisse. La consommation de capital fixe (amortissements) est stable et la rémunération des salariés augmente suite à une augmentation des salaires et du nombre de salariés. Les autres subventions sur la production sont en hausse suite aux aides exceptionnelles prévues au titre de l’année 2015 pour compenser les pertes dues à la sécheresse et aux baisses de prix des produits animaux. Le revenu des facteurs (rémunération des facteurs de production travail et capital) enregistre une baisse de 19%.
L’indicateur de revenu agricole A, qui représente l’indice de revenu des facteurs réel en agriculture par unité de travail, accuse une baisse de 20% en 2015 par rapport à 2014. Ce résultat négatif est à placer dans le contexte des 5 dernières années : Après un bon niveau de l’indicateur de 2011 à 2014 et un niveau très élevé en 2012, l’indicateur retombe en 2015 au niveau de 2010.
N .B.: La première estimation des comptes économiques de l’agriculture de 2015 est réalisée sur base des données disponibles fin novembre 2015. Les données relatives aux consommations intermédiaires et amortissements sont très préliminaires à ce stade puisque les informations disponibles concernent essentiellement l’évolution des prix, alors qu’il n’y a que très peu d’informations sur l’évolution des quantités.
Communiqué par le ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs / Service de l’économie rurale